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13ème édition des journées du GESS

Cette 13e édition des journées du GESS se déroulant les 3 et 4 décembre prochains à l’Université Aix-Marseille propose de questionner le rôle, l’influence, les dynamiques d’engagement et les tensions vécues par les organisations de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) à l’ère de l’Anthropocène.

Cette nouvelle ère est caractérisée par les impacts profonds des activités humaines sur la planète, entraînant des altérations significatives des écosystèmes terrestres à l'échelle mondiale (Crutzen & Stoermer, 2000). L’exploitation intensive des milieux naturels et la généralisation des techniques industrielles ont entraîné des ruptures profondes, compromettant les conditions de subsistance de nombreuses formes de vie. Le système alimentaire, auquel nous apporterons un intérêt particulier dans le cadre de ces journées d’étude, constitue un exemple non exclusif, mais particulièrement révélateur et emblématique de ces dégradations. Dans une logique de rentabilité, il a été profondément transformé par l’industrialisation des pratiques agricoles et alimentaires, telles que l’exploitation intensive des sols, la généralisation des monocultures, le recours massif aux protéines animales et la dépendance croissante à des chaînes d’approvisionnement mondialisées. Les effets de l'Anthropocène ne sont pas uniformément répartis dans les populations humaines et  les disparités socio-économiques sont exacerbées par les impacts environnementaux variés (Parrique, 2022). En attribuant indistinctement la responsabilité à « l’humanité », le concept masque les asymétries de pouvoir, de production et de consommation qui sont à l’origine de la crise écologique.

 

Au cœur de ces bouleversements et dérèglements profonds qui traversent tous les secteurs d’activités, depuis celui de l’énergie jusqu’à celui des arts et de la culture, des expériences et initiatives collectives se développent à travers des organisations qui cherchent à dessiner les contours d’un paradigme alternatif de production et de consommation. Dans une perspective de « prefigurative alternative organizing » (Schiller-Merkens, 2020), elles portent un projet de transformation de la société en projetant un futur désirable et en matérialisant des utopies concrètes. L’ESS y occupe une place privilégiée en proposant des pratiques fondées sur la solidarité, la démocratie et l'ancrage territorial (Bodet et al., 2026). Elle s’inscrit dans une logique d’économie substantielle au sens de Polanyi, où les activités économiques sont encastrées dans les relations sociales (Polanyi, 1944), et dans les besoins des communautés locales. A rebours du modèle dominant de l’entreprise classique (Bourbousson, et al  2024), elle met en œuvre des formes de gouvernance participative (Maisonnasse et al., 2023 ; Gouteux 2025), en encourageant les alliances intersectorielles (Trasciani et al., 2025), en participant de l’émergence d’écosystèmes territorialisés (Richez-Battesti et al., 2025), en réinventant les formes de dialogue et de co-construction avec les pouvoirs publics (Laville, 2016), et en soutenant des coopérations fondées sur la réciprocité entre acteurs du Sud et du Nord (Eynaud et al., 2019).

L’ESS apparaît comme un laboratoire de solidarité démocratique, au sens d’une solidarité qui vise la transformation systémique plutôt que la compensation des défaillances (Eynaud & Carvalho De França Filho, 2023). Ce faisant, ces organisations offrent aux individus des espaces pour exercer leur agency et leur participation politique. Elles permettent l’expression de la vita activa au sens d’Hannah Arendt (1958) : agir ensemble, contribuer à la construction du monde commun, et donner à l’action politique une portée concrète. Loin d’être un simple secteur économique, l’ESS devient alors une manière d’habiter politiquement le monde, fondée sur une conception exigeante de la condition humaine, où le collectif prime sur l’accumulation et où la solidarité devient une modalité de la démocratie en acte. 

Prendre au sérieux l’entrée dans cette nouvelle ère de l’Anthropocène implique pour les organisations de l’ESS de développer et de diffuser un nouvel imaginaire du management et de l’action collective (Olsson et al., 2017 ; Eynaud et al., 2019 ; Eynaud & Carvalho De França Filho, 2023). Cela suppose d’abandonner des modèles de développement reposant sur l’extraction et la mise à disposition illimitée du vivant (Rey, 2024), de renoncer à l’idée selon laquelle la croissance, la technologie ou encore l’agrandissement organisationnel constitueraient nécessairement des réponses adaptées aux enjeux actuels (Pansera & Fressoli 2021 ; Berkowitz, 2024). Cela implique également de questionner la logique de scalabilité, constitutive de la modernité industrielle et coloniale : comme le montre Tsing (2021 ; cité par Berkowitz et al., 2024), le projet moderne a reposé sur la recherche de l’extension illimitée d’un modèle reproductible à grande échelle — logique dont les plantations esclavagistes ont été l’un des premiers dispositifs structurants. Enfin, sortir de ces cadres suppose d’interroger les instruments de gestion eux-mêmes (Eynaud & Carvalho De França Filho, 2026), notamment lorsqu’ils prescrivent aux organisations de démontrer leur performance sociale ou environnementale à travers des indicateurs quantifiés (Aggeri, 2021 ; Jany-Catrice, 2012 ; Studer et al., 2023).

Les enjeux qui gravitent autour de la gestion des organisations de l’ESS sont alors essentiels à saisir, à qualifier et à adresser pour mieux comprendre leur rôle à l’ère de l’anthropocène. Ces 13es journées du GESS viendront mettre en lumière leurs démarches originales de diagnostic stratégique, les outils et pratiques de GRH qu’elles mobilisent, ou encore les stratégies qu’elles formulent et qu’elles déploient face aux enjeux de l’anthropocène.

 Plus largement, ces journées accueilleront tant la contribution des approches de recherche-action,que celle de travaux plus théoriques et susceptibles de caractériser et/ou développer les nécessaires nouveaux imaginaires mentionnés plus haut. Les approches décoloniales, féministes, ou encore celles qui cherchent à se démarquer d’une pensée occidentalo-centrée seront particulièrement valorisées. La question planétaire et complexe de l’anthropocène appelle en effet à prendre de la distance vis-à-vis d’une forme de « nationalisme méthodologique » qui guette les travaux en ESS, conduisant parfois à privilégier une épistémologie du Nord et à circonscrire l’analyse à l’échelle d’un seul pays, voire d’un territoire plus restreint.

Cette conférence vise à interroger le rôle potentiel des organisations de l’ESS face à l’anthropocène et dans la transition écologique et sociale et les tensions qui en résultent. Il s’agit de mettre en lumière leur capacité à penser et expérimenter concrètement d’autres manières de produire, de travailler, d’échanger et de vivre ensemble permettant la résilience des sociétés humaines et des écosystèmes vivants : promouvoir des modèles organisationnels fondés sur la coopération plutôt que la compétition ; caractériser des organisations alternatives ; développer des imaginaires renouvelés du management et de l’action collective ; transformer les instruments de gestion pour soutenir la démocratie et la solidarité ; produire et reproduire dans un même mouvement.

 

Modalités de contribution

  • Communication dans le cadre des ateliers de discussion de travaux. 
  • Innovations pédagogiques en ESS : Un atelier sera dédié l’après-midi du 4 décembre aux nouvelles pédagogies multiformes pour enseigner et transmettre dans le champ de l’ESS. Il s’agit d’un atelier de partage d’expériences sur des pratiques pédagogiques innovantes en lien avec l’ESS et les transitions : études de cas, vidéos, jeux, bandes dessinées… Il est possible de participer en proposant une initiative pédagogique à discuter selon les mêmes modalités que les soumissions de communications.
  • Atelier doctoral : les doctorant·es travaillant sur l’ESS sont invité·es à venir présenter l’état d’avancement de leur projet de thèse. La matinée du 3 décembre sera consacrée à cet atelier conçu pour favoriser des discussions croisées entre doctorant·es. Un support synthétique (état d’avancement rédigé ou sous format présentation) pourra soutenir la présentation des points-clés de la recherche.

Ateliers de discussion de travaux

Dans la lignée des éditions précédentes des journées du GESS, cet appel à communications encourage les soumissions sur une thématique précise, mais ces axes de réflexion ne sont pas exhaustifs. Ici, ils ouvrent le débat sur la thématique plus large de la gestion des organisations de l’ESS face à l’accélération des mutations sociales et environnementales.

  1. Solidarité démocratique et nouvelles formes de gouvernance face à l’anthropocène
    • Coopérations et alliances au sein et autour de l’ESS ;
    • Articulation entre politiques publiques et initiatives citoyennes ;
    • Démocratie économique et réinvention de la participation.
  2. Instruments de gestion et transformations managériales 
    • Outils alternatifs de mesure, de pilotage et de performance ;
    • Gestion comme instrumentation politique ou forme de gouvernementalité ;
    • Nouvelles formes d’organisation du travail et de gestion des ressources humaines.
  3. Expérimentations et pratiques situées dans les territoires
    • Territorialisation des actions et ancrage communautaire, circuits courts, mutualisation des ressources ;
    • Essaimage / changement d’échelle 
    • Perspectives féministes et décoloniales
  4. Contribution de l’ESS à de nouveaux imaginaires socio écologiques
    • Récits alternatifs, pédagogies et dispositifs d’émancipation ;
    • Relations humains/non-humains, organisations du vivant.

Comité d'organisation

Giorgia Trasciani, Aix-Marseille Université, Lest

Julien Maisonnasse, Aix-Marseille Université, Lest

Céline Bourbousson, Université Côte d'Azur, Gredeg

Amélie Gabriagues, Aix-Marseille Université, Lest associée

Francesca Petrella, Aix-Marseille Université, Lest

Nadine Richez-Battesti, Aix-Marseille Université, Lest

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